On racontait qu’une jeune fille y était morte.
Son nom était Élise.
Elle avait quinze ans lorsqu’elle disparut une nuit d’hiver. La police conclut à une fugue. Pourtant, les pêcheurs affirmaient entendre parfois une voix chanter près de la falaise lorsque la mer devenait noire avant l’orage.
Un soir d’octobre, Clara, étudiante en photographie, arriva dans le village pour préparer un projet sur les lieux abandonnés. Les habitants lui déconseillèrent immédiatement la maison.
« N’y allez pas après le coucher du soleil », dit un vieil homme au café du port.
« Pourquoi ? »
Le vieillard pâlit.
« Parce qu’elle déteste être réveillée. »
Clara sourit, pensant à une superstition locale destinée à effrayer les touristes.
À vingt-deux heures, munie de son appareil photo et d’une lampe torche, elle gravit le chemin menant à la falaise. Le vent hurlait entre les rochers. Plus elle approchait, plus l’air semblait froid, anormalement froid.
La porte de la maison était entrouverte.
Elle entra.
L’odeur de bois humide et de poussière était si forte qu’elle dut couvrir sa bouche. Le faisceau de sa lampe révélait des meubles renversés, des cadres cassés et des traces noires sur les murs.
Puis elle entendit un bruit.
Tac.
Tac.
Tac.
Comme des pas à l’étage.
Clara leva sa lampe vers le plafond.
Silence.
Elle prit plusieurs photos du salon. À chaque flash, la pièce paraissait différente. Sur certaines images, les meubles semblaient déplacés. Sur une autre, une silhouette floue apparaissait au fond du couloir.
Elle pensa à un problème d’exposition.
Alors elle entendit une respiration.
Très proche.
Elle se retourna brusquement.
Personne.
Son téléphone vibra. Aucun réseau. Mais un message venait d’apparaître :
« POURQUOI ES-TU ENTRÉE ? »
Le sang de Clara se glaça.
Elle voulut partir, mais la porte d’entrée venait de se refermer seule.
À l’étage, les pas recommencèrent.
Tac.
Tac.
Tac.
Lents. Irréguliers.
Quelque chose descendait.
Clara dirigea sa lampe vers l’escalier.
Une jeune fille apparut dans l’obscurité.
Pieds nus.
Robe blanche trempée.
Cheveux collés au visage.
Sa tête était penchée d’un angle impossible.
La lampe de Clara vacilla.
La jeune fille leva lentement les yeux.
Ils étaient entièrement noirs.
Clara recula jusqu’au mur.
« Tu as pris mes photos », murmura la fille d’une voix humide.
Chaque mot semblait rempli d’eau.
« Je… je suis désolée… »
La jeune fille descendit encore une marche.
Puis une autre.
L’escalier grinçait comme des os qu’on casse.
« Ils m’ont enfermée ici », dit-elle.
« Qui ? »
« Mes parents. Parce qu’ils entendaient les voix aussi. »
Le vent se mit soudain à souffler dans toute la maison alors que les fenêtres étaient fermées.
Les murs commencèrent à produire un bruit étrange.
Comme des ongles qui grattent de l’intérieur.
Clara regarda autour d’elle.
Les traces noires sur les murs bougeaient.
C’étaient des mains.
Des dizaines de mains noires tentaient de sortir du bois humide.
La jeune fille sourit.
Une eau sombre s’échappa de sa bouche.
« Maintenant… elles t’entendent aussi. »
La lampe s’éteignit.
Le lendemain matin, les pêcheurs trouvèrent l’appareil photo de Clara au bord de la falaise.
À l’intérieur, une dernière photographie.
On y voyait Clara debout dans le salon de la maison.
Et derrière elle, dans le noir, des dizaines de visages fixaient l’objectif.
Au centre, Élise souriait.
Confiance de la réponse : élevée.

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